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August 2007 - Volume 3, No. 4
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Mot de la présidenteCap sur la générativitépar Manon Charbonneau, MD, FRCPC
Nous voilà déjà au dernier tiers de cette année, ce qui m’amène au dernier point de suspension de la trilogie « identité, humanité, générativité », la thématique présidentielle en préparation du congrès annuel qui aura lieu à Montréal du 14 au 18 novembre prochain.
La générativité, tel qu’elle est définie par les enseignements d’Erik H. Erikson, est un concept qui me tient très à cœur. Le terme renvoie principalement à la pré-occupation de mettre en place et de guider les prochaines générations. Selon Erikson, nul autre terme que la créativité et la productivité—n’exprime mieux ces éléments essentiels (1).
D’aucuns appliquent ce terme à l’éducation de leurs enfants; d’autres, à diverses formes de préoccupations altruistes ou d’activités artistiques. Chaque élément reflète un sens inné de responsabilité parentale envers la prochaine génération. Le terme comprend le souci de protéger toutes les générations ainsi que les institutions sociales.
Erikson nous apprend aussi que les personnes qui sont incapables de générativité complète peuvent se satisfaire d’un engagement superficiel dans leur profession ou dans leur occupation principale. Elles limitent leur point de vue aux aspects techniques de leur emploi. À ce stade, elles ont acquis une expertise supérieure, mais elles refusent d’accroître leurs responsabilités organisationnelles ou professionnelles. L’échec de la générativité peut engendrer une stagnation profonde et d’innombrables problèmes, tels que l’alcoolisme, l’usage de stupéfiants, des moments de crise, voire même une morbidité précoce. Lorsque la pathologie mentale survient, elle se manifeste non seulement chez ces personnes d’âge mûr et hautement qualifiées, mais aussi au sein de l’organisation qui compte sur elles pour leur travail et leur leadership.
En son sens le plus vaste, la générativité englobe les notions de « soin» et de « prendre soin ». Par le biais du behaviorisme génératif, l’individu peut transmettre des connaissances et des aptitudes tout en obtenant la satisfaction d’avoir acquis un rôle d’autorité et de responsabilité.
L’APC a atteint le stade de la générativité à plusieurs niveaux. Notre nouveau logo, par exemple, est conçu pour refléter la notion de soins et une approche tournée vers l’avenir : au centre se trouve l’emblème de la psychiatrie (les symboles entremêlés de la médecine et de la psychologie) sur un fond de couleurs symbolisant la terre et l’eau et encadré dans un œil en forme de diamant. Le logo symbolise le fait que notre profession est tournée vers l’avenir, ainsi que les influences de l’environnement et de la culture sur la nature même de la psychiatrie au Canada.
Sous la direction vigilante et visionnaire des docteurs Gary Hnatko, Emmanuel Persad et John Leverette, le groupe de travail de la Stratégie nationale de formation postdoctorale en psychiatrie a légué à la prochaine génération les nouvelles compétences essentielles exigées du psychiatre, lesquelles ont reçu le consensus uniforme de l’APC et l’assentiment du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, pour former les assises des nouveaux objectifs de formation et des compétences essentielles en psychiatrie. Les « Exigences de la formation spécialisée » seront mises en vigueur pour les résidents en psychiatrie inscrits au programme PGY 2008. Ce legs à la prochaine génération de psychiatres établit le fondement du programme de formation qui leur permettra de mieux rencontrer les défis de la pratique et les besoins en santé mentale de leurs patients. Ces généreux bénévoles poursuivent leur travail en produisant un livre complémentaire qui aidera les directeurs de formation et les résidents à appliquer les objectifs de formation.
Un autre groupe de collègues consacre son temps à établir les critères pour la reconnaissance des quatre surspécialités au sein de la psychiatrie générale, afin de mieux rencontrer les besoins en santé mentale des enfants, des adolescents, des personnes âgées, de ceux dont les maladies les placent en conflit avec la loi et de ceux qui ont des conditions psychosomatiques concurrentes. Je tiens en particulier à souligner l’apport des dirigeants qui ont réalisé un travail de pionnier au sein des quatre académies : l’Académie canadienne de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, l’Académie canadienne de psychiatrie gériatrique, l’Académie canadienne de psychiatrie et de droit, et l’Académie canadienne de psychiatrie psychosomatique.
Au cours de mon année présidentielle, ce fût un privilège de rencontrer des individus dont le travail est exemplaire et inspirant. Ces rencontres ont confirmé la nécessité de continuer à défendre avec ardeur les meilleurs soins possibles pour ceux qui souffrent trop souvent en silence et dans l’ombre. Certaines personnes ont été pour moi une source d’inspiration m’amenant à poursuivre les débats et les combats que je continuerai à livrer au-delà de cette année présidentielle.
Permettez-moi de partager certains de mes coups de cœur particulièrement inspirants.
Saviez-vous que la prochaine réunion annuelle de l’Association mondiale de psychiatrie, qui aura lieu à Prague en septembre 2008 sous la présidence du docteur Juan E. Mezzich, aura pour thème « Science et humanisme; pour une psychiatrie axée sur la personne »?
Saviez-vous que le sénateur Michael Kirby, président de la nouvelle Commission de santé mentale du Canada, commencera son travail en misant sur cinq priorités pratiques mais visionnaires, notamment la réduction de la stigmatisation, l’échange d’informations, les Autochtones, les enfants et la santé mentale en milieu de travail?
La présidente du Collège royal des psychiatres du Royaume-Uni, la docteure Sheila Hollins, a aussi pour mission de changer les attitudes. En juin dernier, lors du congrès annuel du Collège, les médias ont rapporté ses propos : « No More Stigma (à bas la stigmatisaton) (2). » Si le cancer a réussi à se défaire de ses tabous, pourquoi pas la santé mentale ? », a-t-elle déclaré. J’ai eu l’honneur de la rencontrer à Edinburgh, et nous avons constaté que nous partagions le même objectif : que la société change son attitude envers la maladie mentale.Le plus récent slogan du Collège royal est « No health without mental health (sans la santé mentale, il n’y a pas de santé) ». Voilà une devise importante pour nous tous.
Enfin, je ne peux pas parler de générativité sans mentionner deux groupes bien spéciaux pour moi : le personnel et les bénévoles de l’APC, qui contribuent chaque jour au processus de générativité, et en particulier, ma famille.
Chaque été, nous faisons un voyage de pêche à la mouche sur les belles rivières de la Côte-Nord du Québec. Nous sommes choyés d’avoir eu l’occasion d’enseigner cette technique de pêche à nos enfants. Une belle rivière, un ciel bleu, la paix et le plaisir de tout simplement remettre le saumon à l’eau, pour le bonheur des générations futures. Rendre ce qui nous a été donné : voilà un parallèle de la générativité dans la nature. La pêche à la mouche n’a rien à voir avec le fait de prendre un saumon. Tout ce qui compte, c’est le processus de la pêche.
En préparation pour ma dernière chronique, je vous quitte encore avec une citation de mon poète québécois préféré, Gilles Vigneault, tirée cette fois de « Futur intérieur ».
Silencieux, vivants…Sous la rougeur des prés, Quelques invertébrés, Attendrons que le vent se lève, Et recommencent, L’histoire de la sève, Et celle des enfants, Qui s’en vont à la pêche, Avec leurs hameçons.
Le plus encourageant, c’est que nous semblons au-delà du besoin de chercher une inspiration pour motiver notre travail de promotion du changement. Les choses commencent enfin à bouger pour les maladies mentales, nous le sentons car c’est partout dans l’air.
Soyez de la partie !
Références
1. Erik Erikson, Identity and the Life Cycle. Réimpression, Norton & Company, 1994. p. 103-104.
2. Glasgow Herald, le 20 juin 2007.
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