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April 2008 - Volume 4, No. 2
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Familles et culture : leçons apprises de l’Indepar Patrick J. White
MB, BCh, BAO, DCH, Dip OBS, MRCPsych
J’ai passé récemment un mois en Inde, à titre de consultant bénévole pour un organisme non gouvernemental de Madurai, une ville d’un demi-million d’habitants située à Tamil Nadu, un État au sud du pays.
L’Inde est un pays où l’opulence outrancière côtoie souvent la plus effroyable pauvreté. J’ai constaté que ses problèmes de santé mentale sont semblables aux autres dans le monde. Les différences résident dans la perception et le traitement de celle-ci, peut-être à cause des problèmes économiques et culturels de ce pays.
Le plus beau fleuron de l’Inde c’est sa population de 1,2 milliard d’habitants. Ceux-ci sont ingénieux, amicaux, serviables et très solidaires. Leur générosité et leur solidarité sont manifestes surtout au sein des familles – particulièrement, selon mon expérience, des familles aux prises avec des problèmes de santé mentale.
Par contre, cela ne signifie pas que la stigmatisation et la réprobation sociale n’existent pas. Les personnes atteintes de maladie mentale ont été traitées comme des pestiférés par leur milieu, la société dans son ensemble et leurs familles.
En 2001, l’Inde a connu un moment de grand malaise lorsque plus de 20 patients ont été brûlés vifs dans une institution psychiatrique de Tamil Nadu. On apprenait alors que jusqu’à 4 000 de ses patients étaient internés dans des conditions inhumaines en raison de l’incapacité du système de pourvoir à leurs besoins.
Le tollé général qui s’ensuivit a provoqué des changements dans les perceptions à l’égard des personnes ayant des problèmes de santé mentale dans l’État de Tamil Nadu. Depuis, les médias abordent d’avantage les questions liées à la santé mentale. Dans la presse écrite, les nombreux articles consacrés au système de santé en général portent sur des questions comme les soins de santé publics par rapport aux soins privés, mais un nombre croissant d’articles traitent également de la situation pénible que vivent les malades mentaux. Comme ici, les articles portent sur la prestation des services et l’accès à ces services. La différence, c’est la pauvreté. J’ai connu une famille qui, en raison de son extrême misère et de l’absence d’autres solutions, a gardé un des siens séquestré à la maison pendant sept ans. En fin de compte, le patient a été traité à la maison et a reçu des médicaments. Lorsque la psychose a été résolue, il s’est remis à bien fonctionner dans un milieu familial favorable.
Ce fut pour moi toute une révélation de constater l’ampleur de l’entraide qui existe entre les membres de chaque famille. Là où les services d’État font défaut, les familles prennent la relève. J’ai été témoin de l’autonomisation des familles et de leur intervention pour défendre les intérêts de leurs proches. Les membres des familles travaillent à titre bénévole dans leurs organismes communautaires de santé mentale : une femme enseigne à l’école de sa fille; une mère offre ses services à l’unité des invalides où ses deux garçons résident; les patients et leurs familles collaborent avec le personnel d’un centre commercial linéaire et ont réussi à bâtir une petite entreprise et y gagner leur vie.
Que pouvons-nous apprendre des habitants de l’Inde ? Les familles aux prises avec des problèmes de santé mentale ont parfois de la difficulté à composer avec son caractère de maladie honteuse. Souvent, la nature même de la maladie et de ses symptômes suscite des émotions contradictoires au sein même des membres de la famille. Ils comprennent la souffrance mais réagissent mal aux comportements antihygiéniques et asociaux. La mentalité culturelle joue alors un rôle décisif : soit en aidant (comme c’est le cas en Inde) ou en diminuant la capacité de la famille d’appuyer l’un des siens souffrant d’une maladie mentale. Nous, médecins, sommes conscients des agents stressants auxquels font face les familles. Nous savons que toute émotion négative exprimée à l’égard d’un patient peut entraîner sa rechute.
Mais sommes-nous conscients du besoin de promouvoir un appui culturel au sein des familles ? Je n’en suis pas convaincu.
Nous devons aider les familles aux prises avec des problèmes de santé mentale à reconnaître et à comprendre la stigmatisation, la réprobation sociale et les émotions inhérentes qui en découlent, dans le contexte familial.
Nos voyages nous permettent de réaliser comme nous sommes chanceux de vivre dans un pays merveilleux comme le Canada. Notre niveau de vie est l’un des plus élevés au monde. Or, malgré ce haut niveau, nous avons du mal à solutionner nos problèmes relatifs à la culture, la réprobation sociale, la respon-sabilité familiale et la prestation de services. La collaboration avec les familles est une étape importante de la découverte de solutions qui nous permettront d’offrir des soins optimaux à nos patients.
Non seulement devons-nous accroître nos efforts de collaboration avec les familles, nous devons aussi améliorer notre façon de collaborer avec la communauté de la santé mentale. Je crois que l’heure est propice à notre progrès ! Jamais la santé mentale n’a reçu autant d’attention dans le domaine public.
De nombreux projets ont été lancés dans diverses provinces et la Commission de la santé mentale du Canada a attiré l’attention nationale sur ce problème. Soulignons l’annonce dans le récent budget fédéral d’une subvention unique de 110 millions de dollars axée sur des projets de démonstration innovateurs pour la recherche de pratiques exemplaires en vue d’aider les itinérants qui souffrent de troubles psychiatriques.
Cela m’apparaît comme un geste de confiance envers la nouvelle Commission et en son mandat de diriger la mise en œuvre d’une stratégie nationale, d’établir un centre d’échange des connaissances et de combattre la stigmatisation.
En tant que médecins psychiatres, nous pouvons saisir nous aussi cette possibilité d’action pour améliorer la prestation des services aux personnes atteintes d’une maladie mentale chronique. Nous nous attirerions alors le respect de nos collègues, des administrateurs et des politiciens.
Prendre l’initiative signifie que nous devons créer des alliances avec les psychologues, les travailleurs sociaux, les ergothérapeutes et les professionnels d’autres disciplines. Parlons d’une seule voix : la solidarité fait la force ! Soyons réceptifs aux possibilités d’affi-liation et de collaboration.
Cette stratégie a été mise en valeur par le docteur Ty Turner dans une récente conférence aux membres de l’Association des psychiatres de l’Ontario, à Toronto. La pénurie de ressources humaines, a-t-il dit, nous amènent souvent à créer des alliances et des affiliations et nous obligent à mener une action commune dans l’intérêt de la prestation de services.
Cela est aussi valable pour notre travail de plaidoirie et de sensibilisation. Ce n’est qu’en travaillant de concert avec toutes les disciplines que nous pouvons maximiser ce travail.
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