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April 2008 – Volume 4, No. 2
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Les maux de l'âme sont néfastes
pour la santé cardiaquepar Jadranka Bacic
Le docteur François Lespérance, chef du département de psychiatrie du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) et professeur agrégé à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, examine depuis près de 15 ans les liens entre la dépression et la maladie coronarienne.
Psychiatre et chercheur-clinicien, il s’intéresse à la cardiopathie depuis bien longtemps. Son père, radiologue, a consacré une grande partie de sa vie professionnelle au traitement des maladies cardiaques; le fils a voulu combiner son intérêt à l’égard de la santé mentale et de la santé physique. « Je voulais concilier la division de la médecine où le cerveau est séparé du reste du corps, dit-il d’entrée de jeu. Pour commencer, je me suis penché sur le lien entre la dépression et la maladie cardio-vasculaire. »
L’épidémiologie indique clairement que la cardiopathie est associée à la dépression, mais est-ce une relation de cause ou de coïncidence. Selon le docteur Lespérance, ce sont les deux.
« Le stress et les émotions peuvent avoir des incidences multiples sur le cerveau, ce qui peut également affecter le système cardio-vasculaire », indique le docteur Lespérance.
Plusieurs chercheurs et cardiologues sont toujours à la recherche d’études définitives pour confirmer le rapport de causalité et démontrer que le traitement de la dépression peut réduire le nombre de décès par maladie cardio-vasculaire. Cependant, le docteur Lespérance affirme que le rapport cause/effet/coïncidence entre la dépression et la cardiopathie n’est pas surprenant puisque de multiples mécanismes sont en cause.
« Nous savons qu’il existe un lien entre la dépression et la cardiopathie, donc nous devons penser à un traitement qui serait bénéfique à la fois pour le système cardio-vasculaire et l’humeur. Nous devons adopter une approche globale et offrir des soins holistiques aux patients déprimés—pour traiter non seulement la dépression mais les facteurs de risque annonçant un épisode cardio-vasculaire », ajoute le docteur Lespérance.
Sa recherche de meilleurs soins psychiatriques pour les cardiaques déprimés l’a amené à diriger la recherche clinique CREATE (Canadian Cardiac Randomized Evaluation of Antidepressant and Psychotherapy Efficacy),qui visait à évaluer l’efficacité de deux traitements différents pour ces patients.
Pour l’étude multicentrique de 12 semaines, effectuée entre mai 2002 et mars 2006, on a divisé les participants en deux groupes : les patients du premier groupe ont reçu l’anti-dépresseur (citalopram); ceux du deuxième groupe, un placebo. De plus, la moitié des participants dans chaque groupe ont suivi une psycho-thérapie axée sur les relations interpersonnelles; l’autre, seulement la visite de contrôle hebdomadaire.
« Nous avons constaté la supériorité du traitement pharmaceutique pour contrer la dépression chez le patient qui souffre de problèmes coronariens; qui plus est, nous avons été fort étonnés d’apprendre que les visites de suivi se sont avérées aussi bénéfiques, si non plus, que les séances de psycho-thérapie», précise le docteur Lespérance.
Le lien entre la dépression et les troubles coronariens a été prouvé depuis longtemps, mais une nouvelle étude dirigée par le docteur Lespérance et sa collègue, Nancy Frasure-Smith, PhD, chercheure au CHUM et à l’Institut de cardiologie de Montréal, est importante car c’est la première étude qui démontre un lien entre les maladies cardiaques et les troubles d’anxiété en général.
Cette étude, dont les résultats ont été publiés dans le numéro de janvier du bulletin Archives of General Psychiatry, a également démontré que les personnes dont la maladie coronarienne avait été stabilisée demeuraient susceptibles d’avoir des problèmes cardiaques si elles souffraient d’anxiété ou de dépression.
Les docteurs Lespérance et Frasure-Smith ont interviewé 804 patients coronariens dont l’état était stable et ont constaté que les personnes souffrant de l’une ou des deux maladies mentales avaient 26 pour cent de chance de subir un autre épisode cardiaque au cours des deux années suivantes. Cela représente le double de risques encourus par les patients sans dépression ou anxiété.
« Nous savons depuis longtemps que la dépression est un facteur de risque, mais nous avons maintenant la preuve que l’anxiété est aussi nocive pour le cœur que la dépression, fait observer le docteur Lespérance. La dépression et l’anxiété ont peut être en commun des mécanismes, mais certaines distinctions importantes pourraient nous aider à dépister les meilleures façons d’intervenir dans les cas de comorbidité. »
Après 15 ans de recherche dans le domaine de la dépression et des troubles coronariens, le docteur Lespérance affirme qu’il reste encore beaucoup de boulot à faire.
« Je crois qu’il est important pour nous de soigner la dépression mais pas aux dépens des malades cardiaques, conclut-il. Nous devons mettre au point des stratégies de traitement visant à améliorer l’état des personnes souffrant à la fois de troubles de l’humeur et d’affections cardiaques. »
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